Le sevrage des porcelets constitue une phase critique dans les élevages : le taux de mortalité en maternité (soit entre la naissance et le sevrage) se situe entre 10 et 15 %. Avec le soutien de Wagralim, cinq partenaires se sont unis pour chercher des alternatives aux antibiotiques.

 

En effet, le sevrage du porcelet est une période extrêmement délicate, provoquant diarrhée et déshydratation. L’animal est soumis à un changement radical d’alimentation, exposé à de multiples infections bactériennes et à un stress important en étant éloigné de sa mère.

 

Pour les éleveurs de porcs, les conséquences sont considérables : pertes dues à un taux de mortalité élevé, baisse de poids des porcelets sevrés, retard de croissance, coût des traitements…

 

Les pertes d’animaux, les moindres performances et le coût des traitements médicamenteux constituent des dépenses importantes pour l’éleveur qui ont été chiffrée à 1 € par porcelet. Ce qui représente souvent plus que le bénéfice réalisé sur un porc (selon l’étude DSZ DierenGezondheidZorg de 2012).

 

Résistance aux antibiotiques

Jusqu’ici, les antibiotiques constituaient la solution la plus employée. Or, la résistance bactérienne aux antibiotiques chez l’animal augmente. La règlementation a par conséquent évolué : les autorités européennes ont fixé l’objectif de réduire leur utilisation d’au moins 50% d’ici 2020.

 

Dès lors, quelles alternatives s’offrent aux éleveurs de porcs ? Cinq partenaires, issus du monde industriel et académique, se sont associés pour répondre à cette question via le projet de recherche Porcbiota.

 

Coloniser l’intestin pour le renforcer

« Comme l’intestin du porcelet est très fragile, on va le coloniser avec des symbiotiques. C’est un néologisme qui traduit l’association de prébiotiques et de probiotiques », explique France Fannes, directrice des projets de recherche chez Vésale Pharma, entreprise coordinatrice du projet qui vise à mieux comprendre cet effet symbiotique, entre autres.

 

Les probiotiques sont des bactéries non pathogènes présentes notamment dans le côlon, aidant à la digestion. Les prébiotiques, eux, sont des glucides non digestibles qui servent de substrat aux probiotiques.

 

Associer pré- et probiotique (qui agiront en symbiose) garantira donc un impact maximal sur la flore intestinale (microbiote) du porcelet : on administre à la fois les bactéries utiles et le substrat qui alimente ces bactéries. Le symbiotique serait prodigué par exemple sous forme d’additif à la truie en gestation et au porcelet.

 

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Connaissances scientifiques précieuses

Le projet PorcBiota réunit des partenaires complémentaires. Artechno fournit des souches dont il est propriétaire, Vesale Pharma apporte également ses propres souches ainsi qu’un procédé breveté d’encapsulation des probiotiques, l’ULg (IPAN et FARAH) étudie les mécanismes et modes d’action de cette formulation en laboratoire et le CRA-W réalise les essais in vivo. Dumoulin et Aveve commercialiseront ensuite la solution développée (Dumoulin pour la Belgique et pays limitrophes, tandis qu’Aveve vise l’exportation en Asie).

 

« Nous avons créé un écosystème fort avec des retombées pour chacun », explique France Fannes. « Par exemple, pour Vesale Pharma, actif en santé humaine à la base, PorcBiota offre de nouveaux débouchés. L’ULg et le CRA-W vont acquérir une expertise pointue valorisable dans le monde scientifique ».

 

Potentiel économique

C’est à l’échelle mondiale que se situe le potentiel économique : en 2019, les probiotiques sur le marché des additifs pour l’alimentation animale devraient générer 4,4 milliards de dollars avec un taux de croissance annuel de 7,7 %. Dans ce contexte, la recherche de solutions symbiotiques constitue une opportunité gigantesque.

 

Sans Wagralim…


« Le projet PorcBiota, c’est 4 projets de recherche en 1 », résume France Fannes, directrice des projets de recherche chez Vésale Pharma , entreprise coordinatrice du projet PorcBiota. « Sans Wagralim, nous aurions dû monter 4 projets de recherches distincts : un pour la sélection des souches, un pour les essais in vivo, un pour les tests in vitro et encore un pour la commercialisation. Il y a un réel effet démultiplicateur.

 

C’est un gain de temps et donc d’efficacité ». Un tel projet permet à des PME wallonnes de développer des avantages compétitifs dans un secteur très concurrentiel.

 

Sources

Interview de France Fannes, la coordinatrice du projet